Bleue notre Terre! Make it Work Together ! Quel DIY pour moi ? #200





Je vous ai parlé dans mon post précédent des blogs et fils instagram dont la lecture régulière me nourrit plus que Pinterest. Il y a Alabama Chanin et son admirable , tenace et combatif  travail en open source , avec  The school of making ( @theschoolofmaking #theschoolofmaking ) ou #buildawardrobe2016.  S'y est ajouté récemment deux blogs et podcasts : Woolful et A Playful day.
A Playful Day a commencé récemment une nouvelle saison où elle souhaite explorer ces questions :

"What does making mean to YOU? What brings you joy? What are your frustrations? What do you secretly wish to achieve and what can we do as a community to help make that happen?"



Wool and tea.





D'où vient ce besoin de fabriquer ?, cette nécessité et ce plaisir à tricoter des heures durant ?,  à penser, dessiner et coudre un vêtement ? 


Je suis ici, je ne fais rien .


Les enfants petits, un budget serré et le temps/temporalité des enfants.


Il y eut les années de la petite enfance du petit peuple où leur tricoter une brassière puis un pull, des chaussons, des moufles, des bonnets était  si agréable et so kawai. Avant il y avait eu le plaisir, avec de petits moyens financiers, de fabriquer pour celui que j'aimais ses pulls au fil des heures. Et puis des enfants petits, se sont de longues heures à assurer une présence du jardin public à la sieste, des jeux intérieurs aux salles d'attente, dans tous ces petits moments, un tricot ça occupe les mains et je ne sais pas vous mais en moi ça  provoque une espèce d'attention flottante agréable.


Le fil.

L'activité professionnelle accélérée, les préados.


Et puis il y eut des années sans aiguilles à tricoter, et où la machine à coudre ne sortait que pour des travaux utiles impératifs, mais des années où il était plutôt question de fabriquer avec les enfants des colliers, des poupées, un jardin...

De toujours, il y eut la photographie et l'écriture.



Les gestes , la main et le travail.



Pour ceux qui me suivent depuis ces dernières années, vous savez que la vie a été rude ; dans ces rudes années familiales et professionnelles, m'accorder l'espace d'un atelier, y organiser ce dont j'avais besoin, reprendre geste après geste ce qui s'était déconstruit dans mes capacités praxiques et d'attention fut une rééducation quotidienne. Il a été un réel soulagement , espoir porteur de voir, que si mon cerveau refusait tout effort de lecture ou tout ce qui pouvait s'approcher de mon travail très intellectuel antérieur, mes gestes s'affirmaient et que le plaisir revenait avec eux. En complément des gestes précis de coudre, tricoter , est revenu le plaisir du toucher pas simplement le contact avec la matière mais ces sensations complexes de texture, du fil, du tombé, ces ajustements  permanent du geste avec la structure du tissu, de la laine.
Il y eut aussi la frustration du temps de la matière ; cesser avec l'hyperactivité pour accepter d'écouter le matériau fut un fastidieux apprentissage et parfois le projet a fini en tas ...
Mais tout  ça c'était de nouveau joyeux, riche, gai !



Les dunes, recycler, 2013.




Le Do It Youself, la question politique, les communautés virtuelles.


En 2013, j'ai commencé un projet qui est encore sur cahier, projet qui était de réfléchir au pourquoi de cette place si importante de la couture, du tricot dans ma vie et dans celles de nombreuses  bloggeuses. Je crois qu'à ce moment là c'était une manière de lutter contre le sentiment d'envahissement de mon espace par le "loisirs créatifs" qui envahissait jour après jour la toile et les discussions e particuier sur Thread and Needles jusqu'à l'apogée du débat Plagiat (162 pages à ce jour). Coudre ne veut pas forcément dire slow fashion et peut être signifie une autre fast fashion... A l'époque j'avais plusieurs hypothèses : 
- la question politique et sociale de la décroissance,
- les questions d'identité de genre (pour moi la longueur et la jupe qui ne serait pas tailleur par exemple) mais aussi sociale (un vêtement à soi qui rompt avec l'uniformité imposée, quelque chose de soi portée par soi, la notoriété dans la blogosphère, le regard des autres et la question de la reconnaissance du travail fait),
 -la mise en valeur des gestes et de la main, le rapport à la matière- la "collectionnite" : patrons, matériels, les tissus, les laines...compensation ?

Et en parcourant des blogs populaires, j'ai retrouvé des thèmes récurrents attendus : 
"se différencier " ajouter son grain de sel" " à quoi bon faire des vêtements que l'on trouve ailleurs?"
" en voyant ce pull, cette robe je me disais je suis capable de faire ça"
" réfléchir sur mon image, sur l'image que je veux renvoyer de moi"
" des vêtements qui me vont, qui tiennent compte de ma morphologie"

Mais surtout des choses qui ont rapport finalement au travail au sens noble du terme , une envie de faire, de saisir les outils , de comprendre , d'élaborer des processus de A à Z...:
"ça devient une obsession à chaque fois que je découvre une nouvelle technique"
" je notes mes idées, c'est souvent beaucoup de temps de réflexion un projet, pour y associer le bon tissu. je laisse parfois mûrir plusieurs mois"
" au fil des années je fais plus sobre, plus fonctionnel , du coup je porte plus "
" on essaie, on persiste"
"j'adore les challenges"
" parfois j'en oublie de manger"
" je me réveille et je réfléchis à mes laines, aux associations de couleurs pour un projet"
" la passion du détail qui fait que"
" j'ai appris à prendre mon temps du coup je fais une toile pour la rapidité"

Emergent aussi 
-le plaisir de la convivialité, le partage des connaissances, les échanges grâce aux réseaux sociaux, les rencontres physiques pour certaines, les communautés
- la question du travail/ moyen de subsistance , peux-t-on vivre  de ce qu'on aime ? qu'est ce qui est important finalement si ce qu'on fait  apporte certes moins de revenus mais nous fait retrouver la joie et éclaire notre famille?
- l'engagement politique dans des questions de décroissance sur le logement, la nourriture, l'éducation des enfants, l'activité professionnelle, la consommation de tissus, l'écologie des tissus et des laines... 

La vie en couleurs, Dinard. Bleue notre Terre.




Bleue notre Terre! Make it Work Together!




Bref ça déborde grave le Do It Yourself !!!!

Et dans toutes ces questions sur ce qu'est le travail, le collectif, la convivialité, le faire ensemble, l'open source, l'inventivité humaine pour le bien commun, les mains dans la matière, bref sur toutes ces questions, éminemment politiques bien sûr, dans le fond du fond c'est cela qui est en jeu pour moi en sus de tout ce que j'ai décris plus haut.

" (...)Danses qui ont existé tout au long des manifestations écoféministes et à propos desquelles l'une d'entre elles écrit la chose suivante : " Nous dansons car après tout c'est ce pour quoi nous nous battons, pour que continuent, que l'emportent ces corps, ces seins, ces ventres, cette odeur de la chair, cette joie, cette liberté. Pour certaines ces manifestations , ces mobilisations furent des actes de magie autant que politiques, par l'énergie et la force qu'elle ont créées comme par les transformations auxquelles elles ont participé."


" We dance afterall because that's what we are fighting for so that continue, that win and live this body, this breasts, this bailies, this smell of flesh, this joy , this freedom."

" Quoi qu'il en soit devant les risques de plus en plus grands de destruction de notre monde, devant la violence des logiques de prédation en cours engendrant souvent une véritable paralysie, un sentiment d’écrasement devant l'immensité et la complexité des problèmes en jeu, pouvant engendrer aussi une véritable perte d'espoir de pouvoir changer quoi que ce soit et bien que se créent encore et encore des espaces dans lesquels se réaffirment et  fabriquent  de la place pour de l'inconnu, du non certain, où peut se dire collectivement et publiquement notre tristesse, notre peur mais aussi nos envies de joie, de vivre et d'humour, me semble non seulement vitaux mais participe profondément à la possibilité d'autres avenirs que des avenirs barbares"

"In face of the growing risk of denaturation of our world, in face of the violence of the ongoing predatory logics that generate a true process of feeling cruched by the immensity and complexity of the problems at  stake, and the loss of hope of being able to change anything ; in face of all this, again and again, spaces where we can voice collectivly and publicly our sadness, our fears, our desire for joy, for life, for humour, these spaces are deeply participating to the making of  all possible futures, not barbarian futures".

Emilie Hache, conférence The ethics and politics of living and dying.



Et vous ? 

Et si nous partagions nos idées sur nos blogs respectifs ?


Se reposer_ série.


nb : je remercie celles dont les blogs ont nourri ces réflexions et bien d'autres choses encore : La Thai qui RizLili The Banyan TreeEoluneSakikojonesThéa OzWenekaaEleonore Klein et Deer and Doe, Amandine Cha Dessolier et Les Trouvailles d'Amandine, Solenn C-L et De Rerum Natura

Commentaires

  1. Et dire que j'avais loupé cet article !
    Merci beaucoup... parce qu'effectivement ce sont des questions que je me pose tout le temps et aujourd'hui encore plus qu'avant.
    Je ne peux pas écrire plus là tout de suite, mais je reviens un de ces 4 écrire la suite... Merci encore pour cet article très inspirant :)

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